Sharm El Luli
À 20 kilomètres au nord de Marsa Alam, une piste de sable quitte la route côtière pour s’enfoncer brièvement dans le désert rouge avant de déboucher sur une crique de sable blanc encadrée de formations coralliennes — Sharm El Luli. Le nom arabe sharm (crique, petite baie protégée) dit l’essentiel : c’est un abri naturel, un lieu à l’écart, accessible uniquement à ceux qui savent qu’il existe et qui ont le moyen d’y arriver.
Cette accessibilité difficile — une piste de sable praticable uniquement en 4x4 ou en excursion organisée — est précisément ce qui préserve Sharm El Luli de la surfréquentation et maintient son caractère de plage confidentielle au bord d’une mer extraordinaire. Car ce qui se passe sous l’eau à cet endroit de la mer Rouge dépasse largement ce que l’on peut décrire : des récifs coralliens en parfaite santé, une visibilité qui peut dépasser 30 mètres, et à quelques centaines de mètres de la plage, les herbiers de Marsa Abu Dabbab où des dugongs et des tortues vertes viennent se nourrir quotidiennement — des observations en snorkeling d’une rareté et d’une intensité émotionnelle sans équivalent sur les côtes méditerranéennes ou atlantiques.
Géographie et paysage
Sharm El Luli est une petite crique sur la côte de la mer Rouge du sud égyptien, dans la région de Marsa Alam — à 250 km au sud d’Hurghada et à 1 200 km du Caire. Cette partie de la côte est caractérisée par une alternance de petites baies coralliennes (marsas) et de plages de sable blanc, avec des récifs frangeants qui affleurent à quelques mètres du rivage et des eaux d’une clarté exceptionnelle.
Le cadre terrestre est celui du désert oriental égyptien : des collines de granit rouge et beige, arides et sauvages, qui tombent directement dans la mer Rouge. La transition entre le désert et la mer est brutale et magnifique — des roches volcaniques sèches et des sables brûlants d’un côté, une eau d’un bleu turquoise glacé de l’autre. La plage elle-même est petite — quelques centaines de mètres — avec un sable mêlé de fragments de corail, des zones rocheuses et coralliennes en bordure, et une eau qui invite immédiatement à plonger.
Faune, flore et vie marine
La mer Rouge à Marsa Alam est considérée par de nombreux biologistes marins comme l’une des mers les mieux préservées et les plus riches en biodiversité du monde pour sa taille. Cette richesse s’explique par plusieurs facteurs : l’isolement géologique de la mer (un bras de l’Océan Indien presque entièrement fermé, qui a permis l’évolution d’espèces endémiques sur des millions d’années), la stabilité des conditions physico-chimiques (salinité et température stables, absence de grands apports fluviaux sédimentaires), et, dans le sud égyptien, une pression touristique historiquement plus faible qu’à Hurghada ou Charm el-Cheikh.
Les dugongs (Dugong dugon) — grands mammifères marins herbivores, cousins des lamantins — sont les animaux emblématiques de Marsa Abu Dabbab, à quelques kilomètres de Sharm El Luli. Ces animaux discrets et solitaires se nourrissent exclusivement d’herbiers marins (posidonie, cymodocées) dans des zones peu profondes. Marsa Abu Dabbab est l’un des rares endroits au monde où les dugongs peuvent être observés régulièrement depuis des bateaux de snorkeling. Les tortues vertes (Chelonia mydas) et les tortues imbriquées (Eretmochelys imbricata) fréquentent également ces herbiers.
Au Dolphin House (Shaab Samadai), un récif en fer à cheval à quelques kilomètres au nord de Sharm El Luli, environ 100 dauphins à long bec (Stenella longirostris) résident en permanence, constituant l’un des groupes de dauphins résidents les plus accessibles au monde. La nage avec ces dauphins dans leur environnement naturel, encadrée par des règles strictes de protection, est l’une des expériences les plus émouvantes de toute la mer Rouge.
Les récifs de la région abritent également des requins-marteaux halicornes (Sphyrna lewini) qui transitent en saison (automne et hiver), des napoléons (grands mérous à bosse frontale) et des murènes géantes de Java dans les crevasses coralliennes.
Activités
Snorkeling et plongée
Sharm El Luli et ses environs immédiats offrent un snorkeling et une plongée d’exception. Le récif qui borde la crique commence à quelques mètres du rivage — des poissons-papillon en couple, des poissons-perroquets aux couleurs vives, des chirurgiens bleus en bancs et des poulpes camouflés sur les coraux sont visibles dès les premiers centimètres de profondeur.
Les sites de plongée accessibles depuis Marsa Alam comptent parmi les plus réputés de la mer Rouge. Elphinstone Reef (à 30 km au nord) est le site de plongée pélagique le plus excitant de la région — une table coralline qui monte à 2 mètres de la surface et plonge verticalement à 60 mètres, avec des requins-océaniques de pointe (Carcharhinus longimanus) présents en été et des requins-marteaux en hiver. Shaab Maksur et Shaab Sharm sont des récifs en excellent état à proximité de Marsa Alam.
Observation des dugongs et tortues à Marsa Abu Dabbab
Marsa Abu Dabbab, à quelques kilomètres de Sharm El Luli, est l’une des meilleures zones au monde pour observer des dugongs en snorkeling depuis un bateau. Des excursions organisées depuis les hôtels de Marsa Alam ou depuis Sharm El Luli desservent cette baie protégée. Les dugongs se nourrissent dans les herbiers à 2-5 mètres de profondeur — des observations à quelques mètres de ces animaux impressionnants (ils peuvent peser 400 kg et mesurer 3 mètres) sont fréquentes mais jamais garanties.
Des règles strictes s’appliquent : distance minimale de 3 mètres, interdiction de les toucher ou de les encercler, pas de flash, groupes limités en taille. Ces règles sont indispensables à la protection d’une espèce vulnérable qui peut facilement être perturbée par une pression touristique excessive.
Excursion dans le désert oriental
La région de Marsa Alam est à la frontière entre la mer Rouge et le désert du Sahara oriental — un paysage montagneux et aride d’une beauté brute et désolée. Des excursions en jeep ou à dos de chameau dans le désert permettent de visiter des villages de Bédouins Ababda (les habitants traditionnels de cette région du désert oriental), de bivouaquer sous un ciel étoilé d’une densité exceptionnelle, et d’explorer les massifs granitiques (dont le Djebel Shayib el-Banat, 2 187 m, le point culminant des montagnes du désert oriental égyptien).
Wadi El Gemal National Park
À 50 km au sud de Marsa Alam, le Parc National de Wadi El Gemal protège l’un des rares systèmes de mangrove de la mer Rouge (forêt de Avicennia marina dans l’estuaire du wadi) et une oasis d’eau douce dans le désert. Des gazelles dorcas, des gypaètes barbus et des ibis chauves fréquentent le parc. Des dugongs ont également été observés dans les eaux côtières protégées du parc.
Comment s’y rendre
Depuis la France, Marsa Alam est l’une des destinations les plus directement accessibles d’Égypte. L’aéroport de Marsa Alam (code RMF, aéroport international de Marsa Alam) est desservi par des vols charters depuis Paris et plusieurs villes françaises (Corsair, Transavia, TUI) en saison — des vols directs de 5 à 6 heures. En dehors de la saison charter, il faut passer par Le Caire (CAI) ou Hurghada (HRG) avec une connexion ou 2-3 heures de route.
Depuis l’aéroport de Marsa Alam, les hôtels de la région organisent des transferts. Pour accéder à Sharm El Luli, la route principale côtière mène à un embranchement sableux à environ 20 km au nord de Marsa Alam : 3 km de piste de sable jusqu’à la plage, praticable uniquement en 4x4 ou en excursion organisée depuis les hôtels. La plupart des resorts de Marsa Alam proposent des excursions à Sharm El Luli avec guide.
Meilleure période pour visiter
La mer Rouge a l’avantage de rester agréable presque toute l’année. La meilleure période pour Sharm El Luli et la plongée à Marsa Alam se situe entre octobre et mai : températures agréables en surface (20-28 °C), eau à 24-26 °C, visibilité maximale sous-marine et conditions idéales pour toutes les activités.
Novembre à mars est idéal pour la plongée profonde (requins-marteaux présents à Elphinstone, visibilité maximale) et pour les activités terrestres (désert praticable sans chaleur excessive). Avril-mai et septembre-octobre sont les périodes les plus agréables en surface.
Juin à août voit des températures extrêmes (35-42 °C en surface) — la plongée reste excellente mais le séjour hors de l’eau est éprouvant pour les voyageurs européens. La saison estivale attire principalement des plongeurs habitués à ces conditions.
Équipements et services
Sharm El Luli ne dispose d’aucune infrastructure permanente sur la plage — c’est précisément ce qui en fait le charme. Pas de restaurant, pas de boutique, pas de douches. Les excursions organisées depuis les hôtels incluent généralement lunch et boissons. Pour les voyageurs indépendants qui arrivent en 4x4, il faut apporter toutes les provisions nécessaires. L’accès à l’eau potable et aux services se fait à Marsa Alam (20 km).
Hébergement
La région de Marsa Alam propose une sélection d’hébergements orientés eco-resort et plongée. Le Shams Alam Beach Resort est l’un des meilleurs eco-resorts de la mer Rouge — bungalows face à la mer, centre de plongée PADI, restaurant proposant une cuisine égyptienne de qualité, et une plage privée avec accès direct à un récif. Le Oasis Marsa Alam et le Delfino Blu Beach Resort sont d’autres options de qualité dans la région, avec des centres de plongée intégrés. Pour ceux qui souhaitent explorer le désert autant que la mer, des lodges de plongée plus modestes dans le village de Marsa Alam offrent un hébergement fonctionnel à prix raisonnable.
Conseils pratiques
Un e-visa égyptien (disponible sur le portail officiel visa2egypt.gov.eg) est la meilleure option pour les ressortissants français — à obtenir avant le départ pour éviter les files d’attente à l’aéroport. Une alternative moins chère est le visa tampon à l’arrivée.
Lors du snorkeling avec les dugongs, respectez scrupuleusement les distances réglementaires — ces animaux, bien qu’imposants, sont vulnérables au stress et aux dérangements répétés. Leur protection dépend du comportement de chaque visiteur. Utilisez des crèmes solaires “reef-safe” pour ne pas endommager les coraux et les écosystèmes d’herbiers qui sont l’habitat même des dugongs.
Conclusion
Sharm El Luli est une destination pour ceux qui cherchent l’extraordinaire sans la foule — une plage confidentielle aux portes du désert, sur une mer d’une richesse biologique qui n’a pas d’équivalent en Méditerranée. La combinaison du snorkeling dans des eaux cristallines, de l’observation des dugongs à Marsa Abu Dabbab et de la plongée sur des récifs parmi les mieux préservés du monde en fait l’une des expériences sous-marines les plus intenses et les plus respectueuses de la planète.